
Mis à jour le 20 octobre 2017
Le Dr Michael Strong a consacré sa carrière de clinicien-chercheur à l’étude de la SLA, avec une curiosité déterminée et une attention particulière pour les nouvelles découvertes dans ce domaine. Au fil des ans, les personnes touchées par la SLA et leurs familles ont été pour lui une source d’inspiration constante. « La chose la plus difficile dans la vie est de diagnostiquer quelqu’un avec la SLA, parce qu’on ne peut pas faire grand-chose pour arrêter la maladie », a dit le Dr Strong dans une entrevue avec la Société canadienne de la SLA. « Mais les gens et les familles touchés par la SLA sont les personnes les plus gratifiantes avec qui travailler. C’est un vrai privilège dont je suis énormément reconnaissant. »
Repères de carrière
Plusieurs événements survenus au début de sa formation ont conduit le Dr Strong à se spécialiser dans la SLA. Pendant ses études de médecine à Queen’s University, à Kingston, en Ontario, il a décidé de faire un stage optionnel auprès d’un groupe spécialisé dans les maladies neuromusculaires à Copenhague, au Danemark. Avant de partir à l’étranger, il a examiné une personne atteinte de SLA dans un hôpital et a pensé que ce serait sa dernière occasion de voir quelqu’un atteint de cette maladie. Le hasard a voulu que son stage à Copenhague se déroule dans le seul centre de traitement de SLA au Danemark, ce qui a permis au Dr Strong d’apprendre auprès de nombreux autres patients et cliniciens.
À son retour au Canada, le Dr Strong a terminé sa formation en neurologie à Western University, à London, en Ontario, sous la direction du Dr Arthur J. Hudson, cofondateur de la Société canadienne de la SLA. « Arthur et le neuropathologiste ont tous deux reconnu que je m’intéressais vraiment à la neuropathologie, ce qui m’a permis de faire beaucoup de travail que les résidents ne peuvent normalement pas faire », a déclaré le Dr Strong. La neuropathologie est l’étude scientifique des tissus du cerveau et de la moelle épinière afin de comprendre les processus pathologiques.
Après avoir entendu le Dr Carleton Gajdusek, lauréat du prix Nobel, des National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis, présenter ses conclusions sur une forme particulière de SLA qui touchait beaucoup plus fréquemment la région du Pacifique occidental, le Dr Strong a été intrigué. Il s’est rendu aux NIH pour effectuer un stage postdoctoral sur la SLA, puis est retourné à Western University pour continuer à travailler dans ce domaine.
Aujourd’hui, le Dr Strong est doyen de la Schulich School of Medicine & Dentistry, professeur émérite au département des sciences neurologiques cliniques et titulaire de la chaire Arthur J. Hudson en recherche sur la SLA à Western University. Il continue également d’exercer en clinique, où il se consacre principalement au diagnostic et au traitement des personnes atteintes de SLA. L’un de ses principaux domaines de recherche au fil des ans a été l’étude de la relation entre la SLA et la démence frontotemporale. La Société canadienne de la SLA a déjà financé les travaux du Dr Strong dans ce domaine.
De la recherche à la compréhension : la démence frontotemporale dans la SLA
La démence frontotemporale est un ensemble de troubles causés par la perte de cellules nerveuses dans le lobe frontal du cerveau, qui joue un rôle important dans les mouvements volontaires et les fonctions cognitives, notamment la prise de décision et la parole, ou dans le lobe temporal, qui est responsable du traitement des informations sensorielles. Bien que le lien entre la démence frontotemporale et la SLA soit préoccupant, le Dr Strong estime que les personnes et les familles confrontées à un diagnostic de SLA doivent en être conscientes.
« C’est un grand soulagement pour les patients, les familles et les aidants de savoir que les comportements associés à la démence ne sont pas de leur faute, mais sont le résultat de la maladie », explique le Dr Strong, qui note que l’association entre la SLA et la démence frontotemporale a récemment conduit à l’identification de quatre cibles médicamenteuses qui pourraient bénéficier à de nombreuses personnes dans le futur.
Au début des années 1980, on croyait que la démence dans les cas de SLA était extrêmement rare, touchant environ 15 % des cas. Le Dr Strong a cependant constaté que cette conclusion contredisait ce que lui et d’autres observaient en clinique : une personne atteinte de SLA sur quatre avait des difficultés à contrôler ses émotions, comme des crises de rire ou de larmes spontanées, ce qui suggérait qu’une forme de démence pouvait être associée à la maladie. Le Dr Strong a réuni un groupe de collègues et publié le premier article remettant en question l’hypothèse selon laquelle la SLA n’était pas associée à la démence.
Suite à cette découverte, lui et son équipe ont poursuivi leurs recherches. Ils savaient, grâce aux travaux publiés par d’autres scientifiques, que l’un des problèmes parfois associés à la SLA est une diminution de la capacité à former des mots, un processus appelé praxis verbale, dans lequel le cerveau établit le lien entre les pensées et la parole. À l’aide d’une technique d’imagerie avancée appelée spectroscopie par résonance magnétique (RM), le Dr Strong et ses collègues ont examiné des tissus post-mortem et ont découvert que les personnes atteintes de SLA qui avaient développé une démence frontotemporale avaient perdu des neurones dans la même zone du cerveau responsable de la praxis verbale.
Après une nouvelle série d’études, le Dr Strong et son équipe de chercheurs ont découvert que le coupable était le dépôt de protéine tau. Normalement, la protéine tau est essentielle au maintien de la structure d’un neurone, mais lorsqu’elle est libérée par des mécanismes cellulaires nuisibles et qu’elle se met à flotter librement, elle peut s’agglutiner et former des nœuds qui provoquent des interruptions dans les voies neuronales. « Nous avons publié un article montrant qu’il existe une pathologie très spécifique liée à la protéine tau. Au cours des 15 dernières années, nous avons prouvé que le changement que nous avons observé dans la protéine tau n’est pas un hasard. Nous savons exactement en quoi consiste ce changement et comment il provoque la mort des neurones », a déclaré le Dr Strong.
« Aujourd’hui, nous savons qu’une forme de démence frontotemporale est très courante dans la SLA. Le spectre complet comprend des troubles légers qui peuvent passer inaperçus ou ne causer aucun problème, un syndrome frontotemporal dysfonctionnel accompagné de troubles comportementaux ou cognitifs, et une démence complète, qui touche environ 15 % des cas. Tous ces troubles réunis sont présents chez plus de la moitié des personnes touchées par la SLA », a déclaré le Dr Strong. Cette découverte est cruciale, parce que les personnes atteintes de SLA qui présentent des troubles du comportement ou des difficultés fonctionnelles exécutives, telles que des problèmes de planification, de raisonnement et de résolution de problèmes, ont une espérance de vie réduite d’au moins un an. De plus, il a ajouté : « Nous savons exactement ce qui cause le dépôt de protéines tau. Nous pouvons le reproduire et nous avons identifié quatre médicaments différents qui peuvent complètement arrêter le processus ».
Le Dr Strong et ses collègues ont récemment publié un article décrivant le mécanisme de la protéine tau dans la SLA ainsi que dans d’autres formes de démence impliquant des dépôts excessifs de protéine tau, y compris la maladie d’Alzheimer, la démence vasculaire et la maladie de Parkinson.
Bientôt, un grand essai multicentrique canadien étudiant les similitudes et les différences entre cinq maladies neurodégénératives connues pour leurs problèmes de dépôts de protéines tau rendra ses résultats. Le Dr Strong est le chercheur principal de cette étude, appelée Ontario Neurodegenerative Disease Research Initiative (ONDRI), qui implique plus de 50 chercheurs dans 13 sites d’essais cliniques et 600 participants. Les maladies étudiées sont la SLA, la maladie d’Alzheimer/les troubles cognitifs légers, la maladie de Parkinson, la dégénérescence lobaire fronto-temporale et les troubles cognitifs vasculaires (résultant d’un accident vasculaire cérébral). La Société canadienne de la SLA est l’un des quatre groupes de défense des droits des patients qui jouent un rôle consultatif.
Le travail incessant du Dr Strong, qui est passé de la recherche à la compréhension et a répété ce processus tout au long de sa carrière, a donné lieu à une série de nouvelles découvertes scientifiques dans le domaine de la SLA. « Il s’agit de mener des expériences au bon moment : être attentif aux changements dans le domaine, écouter les experts mondiaux et, de temps en temps, prendre du recul et se dire : Hum… peut-être que nous nous trompons. Peut-être que nous devrions plutôt nous intéresser à ceci. »
Le Dr Strong reconnaît le rôle important que jouent les donateurs dans la recherche sur la SLA, soulignant qu’en 1993, il n’y avait que quelques chercheurs au Canada qui bénéficiaient d’un financement pour travailler sur la SLA. « La transformation de la recherche sur la SLA menée par la Société canadienne de la SLA au cours de la dernière décennie a jeté des bases solides pour son financement, de sorte que les chercheurs comme moi savent que nous disposons d’un financement pluriannuel pour aller de l’avant. »
Forum virtuel de la recherche de la Société canadienne de la SLA
Mise à jour : Le Dr Michael Strong était l’un des plus de 20 conférenciers qui ont participé au Forum virtuel de la recherche de la Société canadienne de la SLA en août. Vous pouvez écouter sa présentation complète en ligne ici.
Au cours de sa présentation, le Dr Strong a donné un aperçu de la démence frontotemporale dans le cas de la SLA. Les deux messages qu’il souhaite faire passer aux personnes touchées par la SLA sont les suivants :
La démence frontotemporale associée à la SLA est beaucoup plus fréquente qu’on ne le pensait auparavant. Les personnes atteintes de SLA doivent être conscientes de l’impact de la démence sur leur pronostic. Les familles et les aidants ont tout intérêt à comprendre que la démence est liée à la maladie et non aux soins qu’ils donnent.
Ces connaissances donnent des informations cruciales sur la biologie de la SLA qui guideront le développement de futurs traitements.
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