L’imagerie cérébrale est l’un des outils les plus efficaces pour étudier la SLA. Les techniques d’imagerie permettent d’observer l’intérieur du cerveau des personnes atteintes de SLA, offrant ainsi aux chercheurs une compréhension unique du fonctionnement de la maladie, des zones du cerveau touchées et de son évolution au fil du temps. Des études récentes montrent comment l’imagerie peut potentiellement être utilisée comme source de biomarqueurs susceptibles de nous aider à comprendre et à suivre la progression des maladies, à évaluer de nouveaux traitements potentiels dans le cadre d’essais cliniques et, à termes, à établir un diagnostic plus rapide.
L'imagerie : comment ça marche?
Imagerie par résonance magnétique (IRM)
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est l’une des techniques d’imagerie les plus utilisées dans la recherche sur la SLA. Lors d’un examen IRM, pour obtenir des images du cerveau, la personne doit généralement rester immobile à l’intérieur d’un appareil qui l’entoure. Sur le plan scientifique, un aimant puissant aligne les atomes d’hydrogène du corps afin que les signaux radio puissent permettre à la machine de repérer leur emplacement exact et d’assembler des images transversales du cerveau à l’aide d’une formule mathématique. (En termes plus simples, un appareil d’IRM émet des bruits très forts pendant que vous devez rester immobile. Après de longues minutes qui semblent durer des heures, votre cerveau s’affiche sur un écran d’ordinateur!)
Des formes plus spécialisées d’IRM, telles que l’imagerie du tenseur de diffusion (ITD), peuvent fournir des informations encore plus précises, notamment sur la connectivité et la communication entre différentes régions du cerveau.
Tomographie par émission de positions (TEP)
Une autre forme d’imagerie est la tomographie par émission de positions (TEP), qui utilise des traceurs radioactifs sûrs pour mettre en évidence les processus biologiques. Dans le cas de la SLA, la TEP peut aider à détecter la neuroinflammation et l’accumulation anormale de protéines, deux caractéristiques de la maladie.
Recherche en imagerie sur la SLA
Suivi et compréhension de la maladie
Les outils actuellement utilisés pour suivre la progression de la SLA, comme l’échelle ALSFRS-R, ne permettent pas de voir ce qui se passe dans le cerveau et font depuis longtemps l’objet de débats quant à leurs limites. L’imagerie pourrait devenir un outil puissant permettant aux scientifiques et aux cliniciens de voir la maladie plus en détail.
Au cours de la dernière décennie, plusieurs études ont tenté d’établir l’imagerie comme source potentielle de biomarqueurs pronostiques, susceptibles d’aider à prédire l’aggravation clinique et à distinguer les patients à progression rapide de ceux à progression lente. Une étude récente menée par la Dre Isabelle Lajoie, lauréate d’une bourse de la Société canadienne de la SLA et de la Fondation Brain Canada, a montré que certaines zones spécifiques du cerveau subissaient une atrophie (diminution de la masse) associée à un risque plus élevé de décès ou à la nécessité d’une assistance respiratoire à long terme. En recueillant des données auprès de personnes atteintes de SLA et en appliquant des techniques mathématiques, d’autres mesures d’imagerie se sont également révélées utiles pour prédire les changements respiratoires et la survie. Lorsqu’ils sont associés à des informations cliniques, les biomarqueurs d’imagerie voient leur capacité prédictive considérablement accrue.
Il est intéressant de noter que des études supplémentaires par IRM et TEP suggèrent également qu’il pourrait être possible d’identifier les aspects non moteurs de la SLA, tels que les changements cognitifs et comportementaux, ou les diagnostics de SLA-DFT. Une étude récente a également examiné comment la neuroimagerie permet de mieux comprendre les manifestations sensorielles de la SLA, telles que la douleur et la paresthésie (fourmillements ou engourdissements cutanés).
Les changements cérébraux avant le diagnostic
Une autre application potentielle de l’imagerie est l’aide au diagnostic précoce, car elle pourrait permettre de détecter des changements dans le cerveau avant l’apparition des symptômes majeurs. Par exemple, dans une étude récente menée par le Dr van Veenhuijzen et al., des chercheurs ont étudié les images cérébrales de porteurs asymptomatiques de la variante C9orf72 afin de mieux comprendre et d’obtenir des informations sur quand et comment la SLA, ou la SLA-DFT, se développe. Grâce à l’imagerie, les chercheurs ont découvert que les porteurs de variantes qui ont développé la maladie présentaient des signes distincts d’atrophie cérébrale (diminution de la masse) jusqu’à six ans avant l’apparition des symptômes, par rapport aux autres porteurs asymptomatiques.
L’examen du cerveau avant un diagnostic de SLA peut nous apporter des informations essentielles sur le développement de la maladie et son point de départ. C’est en comprenant les causes de la SLA que nous trouverons un jour un traitement capable de modifier sa progression, comme le montre Qalsody, le premier traitement contre la SLA qui cible réellement une cause profonde de la maladie chez les porteurs de la variante génétique SOD1.
En plus de la neuroimagerie, certains chercheurs étudient l’imagerie musculaire. Une étude récente a permis de détecter la SLA chez des personnes présentant des symptômes précoces avec une précision de près de 90 % grâce à l’imagerie musculaire par ultrasons, ce qui renforce les preuves que ce type d’examens pourrait constituer un outil prometteur pour aider à diagnostiquer plus rapidement la maladie.
Collaboration : à quoi ressemblera l'avenir de la recherche en imagerie?
Des recherches prometteuses sont menées dans le monde entier pour étudier différents aspects de l’imagerie, mais il reste encore du travail à accomplir pour établir des protocoles et des techniques normalisés, afin de rendre les résultats plus fiables et comparables. Dans le cadre de cet effort collaboratif, la Neuroimaging Society in ALS (NiSALS), fondée par le Dr Martin Turner en 2010, vise à établir des normes claires pour la collecte et le traitement des données IRM, afin de faciliter le partage d’informations entre les chercheurs. Depuis leur première réunion en 2010, des experts en neuroimagerie du monde entier continuent de se réunir chaque année pour discuter de l’imagerie comme outil clé pour comprendre la SLA.
Au Canada, nous disposons également du Consortium canadien de neuro-imagerie de la SLA (CALSNIC), une équipe multidisciplinaire d’experts issus de plusieurs centres universitaires et dirigée par le Dr Sanjay Kalra, expert mondialement reconnu en imagerie de la SLA, de University of Alberta. L’un des objectifs du CALSNIC est de découvrir des biomarqueurs par IRM capables de changer la vie des personnes atteintes de SLA. En 2025, l’étude CALSNIC reste l’une des seules études longitudinales multi-sites de neuroimagerie jamais réalisées dans le domaine de la SLA, fournissant des informations précieuses à la recherche mondiale de comprendre et traiter cette maladie. CAPTURE SLA est une autre étude à plus grande échelle qui recueille les mêmes informations exhaustives et ajoute des échantillons biologiques (sang, LCR, etc.) provenant de personnes atteintes de SLA au Canada. L’un des principaux facteurs qui différencie cette plateforme des autres plateformes hors du Canada est sa collection d’images. À partir des données recueillies dans le cadre de cette initiative, de nombreuses études cherchent déjà à suivre l’évolution de la maladie et à comprendre comment elle progresse dans le cerveau.
Cependant, malgré toutes les avancées prometteuses dans le domaine de l’imagerie, certains facteurs limitent encore son application. Les coûts et l’accessibilité en sont les principaux, car les établissements et les centres de recherche ne disposent pas tous des mêmes technologies. Il faut également tenir compte du fait que certaines personnes atteintes de SLA ne peuvent pas subir plusieurs IRM, en raison notamment des déplacements nécessaires, des complications liées à la ventilation assistée ou de l’inconfort pendant l’examen. Tous ces facteurs doivent être pris en compte afin de réduire la charge pour les patients, dans l’éventualité où les examens d’imagerie deviendraient un jour une méthode courante pour aider à suivre ou à diagnostiquer la SLA.
Néanmoins, grâce à des analyses plus approfondies et à la combinaison de différentes techniques d’imagerie et bases de données, les chercheurs se rapprochent de la possibilité d’identifier des modèles pathologiques afin d’utiliser l’imagerie comme source de biomarqueurs fiables pour la SLA. La neuroimagerie est également envisagée dans le cadre d’essais cliniques, où elle pourrait s’avérer utile pour sélectionner et regrouper les participants, ainsi que pour fournir des indicateurs plus précis de la progression de la maladie. Il est urgent de mettre en place un suivi plus efficace et objectif de la maladie lors des essais cliniques. Si l’imagerie peut y contribuer, cela améliorera certainement notre capacité à trouver des traitements qui apportent des bénéfices significatifs aux personnes atteintes de SLA.
En résumé, nous sommes sur le point de découvrir des biomarqueurs fiables pour la SLA et de mieux comprendre cette maladie.
Au cœur de la science
Dans notre série de blogues intitulée « Au cœur de la science », nous analysons et discutons de sujets importants liés à la recherche sur la SLA, afin de rendre cette science complexe accessible à toutes les personnes touchées par cette maladie.
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