La communauté SLA a franchi une étape importante avec l’autorisation de mise sur le marché au Canada du Qalsody (tofersen) pour le traitement de la SLA chez les adultes présentant une variante pathogène (également appelée mutation) du gène superoxyde dismutase 1 (SOD1). Cette réussite est le fruit de décennies de dévouement à la recherche scientifique, dans laquelle le Canada joue un rôle crucial, et du soutien apporté par la Société canadienne de la SLA à la découverte initiale du lien entre la SOD1 et la SLA. Après cette découverte génétique, plusieurs Canadiens financés par le Programme de recherche de la Société canadienne de la SLA ont largement contribué à établir le rôle du dysfonctionnement de la SOD1 dans la SLA et à mieux comprendre son anomalie biologique, ouvrant ainsi la voie à des traitements tels que Qalsody. 

Ce genre d’histoires illustre l’impact en aval que chaque subvention de recherche peut avoir sur le terrain, ainsi que l’importance de la collaboration mondiale. Chaque avancée réalisée aujourd’hui dans la recherche sur la SLA est le fruit d’années de dévouement, et nous sommes impatients de continuer à soutenir les subventions, petites ou grandes, qui contribuent à créer un élan en vue de la prochaine découverte majeure dans le domaine de la SLA.  

Découverte du rôle des variants pathogènes SOD1 dans la SLA

Le parcours qui a conduit à l’autorisation de Qalsody a commencé il y a plusieurs décennies. Au début des années 1980, établir un lien entre la génétique et les maladies était une tâche difficile, car les technologies utilisées pour analyser l’ADN en étaient encore à leurs débuts. Il était donc difficile d’analyser les gènes associés à des maladies telles que la SLA. 

L’une des premières avancées génétiques est venue du Dr James Gusella, un chercheur canadien qui a fait des progrès significatifs dans le séquençage et l’identification des gènes. Le Dr Guy Rouleau, un neurologue canadien, a étudié sous sa direction. Il a joué un rôle central dans la recherche génétique sur la SLA et a reçu de nombreux prix prestigieux, notamment la médaille de couronnement du Roi Charles III, décernée par la Société canadienne de la SLA.  

Au début des années 1990, le Dr Guy Rouleau, actuellement directeur de l’Institut-Hôpital neurologique de Montréal, a participé à un projet collaboratif réunissant le Dr Gusella, la Dre Denise Figlewicz, qui a dirigé la recherche à la Société canadienne de la SLA de 2006 à 2012, et d’autres chercheurs. Le groupe, dirigé par le Dr Robert Brown, chercheur renommé dans le domaine de la SLA à University of Massachusetts, avait pour objectif d’identifier une variante génétique dans une famille comptant plusieurs membres atteints de SLA. Leurs travaux ont conduit à une découverte historique décrite dans l’article intitulé « Mutations in Cu/Zn superoxide dismutase gene are associated with familial amyotrophic lateral sclerosis », dans lequel des variants pathogènes du gène SOD1 ont été identifiés pour la première fois comme responsables de la SLA. La Société canadienne de la SLA est fière d’avoir contribué au financement et au soutien de cette découverte monumentale.  

La découverte du premier gène responsable de la SLA, SOD1, a représenté une grande avancée qui a fait progresser la recherche sur cette maladie, les chercheurs pouvant désormais tenter de reproduire la SLA en laboratoire. Au départ, il semblait logique, compte tenu du rôle protecteur et antioxydant de la protéine SOD1, que ces variantes génétiques puissent provoquer la SLA par un mécanisme de perte de fonction. Cela signifie que les variants du gène entraîneraient la perte du rôle normal de la SOD1 dans le cerveau, rendant les motoneurones vulnérables à l’apparition et à la progression de la maladie. Cependant, lorsque les scientifiques ont créé en laboratoire des souris dépourvues du gène SOD1, et donc incapables de produire la protéine SOD1, les animaux n’ont pas développé de symptômes similaires à ceux de la SLA. Cette constatation contredisait la théorie de la perte de fonction, et des travaux supplémentaires étaient nécessaires pour comprendre le lien entre la SOD1 et la SLA.  

Les chercheurs ont fait une avancée décisive lorsqu’ils ont mis au point un nouveau modèle murin. Ce modèle, appelé SOD1G93A, reproduisait l’une des variantes humaines du gène SOD1 responsables de la SLA chez l’être humain et présentait finalement la dégénérescence des motoneurones caractéristique de la SLA. Ce fut une étape cruciale dans la compréhension approfondie de la pathologie de la SOD1, donnant lieu à une théorie inattendue selon laquelle les variants du gène SOD1 pourraient produire une forme toxique de la protéine contribuant à la maladie.  

Une autre chercheuse canadienne dont les travaux ont eu une incidence considérable sur la recherche sur la SOD1-SLA dès le début est la Dre Heather Durham, qui a également reçu la médaille de couronnement du Roi Charles III pour ses travaux sur la SLA. En 1997, la Dre Durham et la Dre Figlewicz ont publié un article intitulé « Aggregation of mutant Cu/Zn superoxide dismutase proteins in a culture model of ALS », qui démontrait que les protéines SOD1 avaient tendance à s’agréger dans les motoneurones in vitro (dans une boîte de culture en laboratoire). Cette découverte, combinée à la création du modèle murin G93A, a fourni des preuves convaincantes du gain de fonction toxique de la SOD1. Le Dr Neil Cashman, de University of British Columbia, a également contribué à l’élaboration de cette hypothèse en apportant ses connaissances sur la propagation des protéines. 

Parmi les autres contributeurs canadiens éminents à notre compréhension de la biologie de la SOD1-SLA, qui ont depuis lors bénéficié d’un financement du Programme de recherche de la Société canadienne de la SLA, figurent le Dr Avi Chakrabartty, le Dr François Gros-Louis, le Dr Jean-Pierre Julien, la Dre Elizabeth Meiering, le Dr Steve Plotkin et la Dre Christine Vande Velde. Les travaux d’autres boursiers, tels que la Dre Jasna Kriz, la Dre Janice Roberson et le Dr Michael Strong, ont mis en évidence les effets toxiques en aval des variants pathogènes dans la SOD1, d’une manière qui continue de contribuer à l’avancement de ce domaine. 

En parallèle aux efforts mondiaux, les chercheurs canadiens ont joué un rôle important dans la confirmation du rôle toxique de la SOD1 dans la SLA et dans l’approfondissement des connaissances sur sa pathologie. Ce travail collectif a ouvert la voie à une stratégie thérapeutique visant directement à réduire la SOD1. Les connaissances acquises sur le gène SOD1 ont également contribué à la compréhension de toutes les formes de SLA, les modèles génétiques ayant considérablement amélioré notre compréhension de la maladie et le développement de cibles thérapeutiques. 

Le voyage vers QALSODY

Ces découvertes essentielles ont ouvert la voie au développement d’oligonucléotides antisens (OAS) ciblant la SOD1. Les OAS sont de courts brins synthétiques d’ADN ou d’ARN conçus pour se lier à des molécules d’ARN spécifiques dans l’organisme. Cela empêche l’ARN de fabriquer une protéine ou d’agir d’autres manières. 

S’appuyant sur ces recherches fondamentales menées par des scientifiques canadiens et d’autres chercheurs à travers le monde, les docteurs Don Cleveland, Timothy Miller, Richard Smith et Frank Bennett, de la société de biotechnologie Ionis Pharmaceuticals (connue à l’époque sous le nom d’Isis), ont mené les découvertes cruciales qui ont permis le développement d’un OAS comme stratégie thérapeutique pour la SOD1-SLA.  

Les premiers travaux précliniques ont débuté en 2004, et un essai clinique a été lancé en 2007. Cependant, l’OAS initial s’est révélé peu efficace chez les humains, nécessitant des tests et des modifications approfondis, ainsi qu’une meilleure compréhension de la SOD1. Finalement, en 2018, Biogen a acquis le composé et une nouvelle version d’OAS a vu le jour, qui est devenue le tofersen et a été approuvée sous le nom de Qalsody. En ciblant l’ARNm du gène SOD1, Qalsody réduit les niveaux de protéines SOD1 toxiques, dans le but de limiter les dommages causés aux motoneurones, les cellules cérébrales responsables des mouvements volontaires. 

Le travail se poursuit

L’autorisation de mise sur le marché du Qalsody est le fruit de plusieurs décennies de travail mené par des chercheurs de renom spécialisés dans ce traitement, les chercheurs canadiens ayant joué un rôle essentiel dans la compréhension des fondements génétiques de la SLA.  

Cependant, les travaux se poursuivent. Bien que Qalsody représente un espoir pour la SOD1-SLA, il ne s’agit toujours pas d’un remède contre la maladie. Les chercheurs continuent de travailler à la compréhension globale de la biologie de la SOD1 et, surtout, à l’étude des enseignements que Qalsody peut nous apporter sur d’autres formes de SLA. Ce nouveau traitement peut fournir des informations sur l’optimisation des OAS pour différents gènes, l’importance des études présymptomatiques, et nous aider à établir des biomarqueurs pour la SLA, tels que les niveaux de neurofilaments à chaîne légère (NfL).   

La Société canadienne de la SLA est reconnaissante d’avoir contribué à cette démarche en soutenant les travaux fondamentaux sur la SOD1. Nous continuons à plaider en faveur du financement de la recherche et à encourager les collaborations entre chercheurs. Ce n’est que grâce aux généreux dons de notre communauté et à notre engagement continu dans la recherche que nous pouvons contribuer à rendre des traitements comme Qalsody accessibles aux Canadiens atteints de SLA.  

Dans notre série de blogues « Propulser la découverte », nous présentons des histoires tirées du Programme de recherche de la Société canadienne de la SLA. Grâce à de généreux dons, notre financement a permis d’apporter un soutien fondamental dans plusieurs domaines de la recherche sur la SLA et des soins cliniques. 

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