Pour comprendre comment un nouveau traitement arrive jusqu’à une personne touchée par la SLA, nous devons explorer le parcours scientifique rigoureux qui le précède. Des premières recherches en laboratoire aux phases complexes des essais cliniques, en passant par l’utilisation prudente de traitements non homologués, chaque étape est soigneusement conçue pour garantir la sécurité et l’efficacité d’un traitement. Dans cette édition d’Au cœur de la science, nous explorons comment les traitements potentiels sont testés, pourquoi le processus prend du temps et comment s’y retrouver parmi les thérapies non homologuées. 

Une nouvelle découverte

Dans le cas de la SLA, les découvertes commencent souvent dans un laboratoire de recherche fondamentale, où les nouveaux traitements potentiels sont d’abord testés sur des modèles cellulaires et animaux qui reproduisent certains aspects de la maladie. Si un composé thérapeutique (une substance susceptible de devenir un médicament) donne des résultats prometteurs dans ces modèles, les essais peuvent alors passer à l’étape humaine dans le cadre d’essais cliniques. La présentation de la SLA chez l’être humain est beaucoup plus complexe que chez les animaux et les cellules en laboratoire, ce qui nécessite un processus rigoureux pour tester l’efficacité et la sécurité du composé.  

À cause de cette complexité, un composé qui donne des résultats prometteurs dans les modèles de laboratoire n’est pas assuré de donner les mêmes résultats chez l’être humain. Ceci représente un grand défi dans le développement de traitements, puisque beaucoup de ces composés ont été étudiés parce qu’ils avaient de bonnes raisons scientifiques d’être utiles aux personnes atteintes de SLA. Il est impossible de dire si un nouveau composé va arrêter ou ralentir la maladie en se basant uniquement sur des données scientifiques ou collectées en laboratoire. Par conséquent, la manière dont un composé interagit dans le corps humain doit être étudiée dans le cadre d’essais cliniques. 

En fin de compte, le développement de nouveaux traitements contre la SLA est difficile, car les scientifiques cherchent encore à comprendre exactement ce qui cause cette maladie. Certains cas, tels que ceux liés à des variantes génétiques connues, offrent de l’espoir pour de nouvelles approches thérapeutiques. Un médicament récemment approuvé pour le traitement de la SLA-SOD1 (Qalsody), par exemple, est dirigé contre l’une des causes profondes de la SLA chez les personnes présentant la variante génétique SOD1. Cela laisse espérer que la SLA est une maladie guérissable, mais les traitements doivent être identifiés de manière appropriée. Nous savons que dans la plupart des cas de SLA, il n’y a probablement pas de cause unique, mais plutôt une interaction complexe de facteurs qui contribuent à la maladie. La compréhension de ces interactions est essentielle pour mettre au point des traitements plus larges et plus efficaces. 

Le parcours des essais cliniques

Les essais cliniques sont réalisés en plusieurs phases, généralement trois phases principales. Par conséquent, le processus d’essai clinique dure souvent plusieurs années. Dans le cas d’une maladie urgente comme la SLA, ce long processus peut être frustrant, parce qu’il ne tient pas compte du temps limité dont disposent les personnes atteintes. Dans la communauté de la recherche, les discussions se multiplient également sur la manière dont le parcours des essais cliniques pourrait être réévalué pour la SLA, notamment en ce qui concerne l’optimisation des phases, les biomarqueurs, les mesures des résultats, la durée des essais et la manière dont les résultats sont interprétés et communiqués (ce qui fera l’objet d’une autre discussion dans Au cœur de la science…). 

À terme, tous les médicaments suivent ce parcours, avec chaque phase d’essai spécialement conçue pour tester un aspect spécifique du médicament.  

  • La phase 1 des essais cliniques évalue la posologie idéale, la sécurité et la tolérance (la capacité d’un individu à tolérer un médicament sans effets secondaires significatifs) auprès d’un petit groupe de participants.  
    • Comme ces essais sont axés sur la sécurité, seulement un petit nombre de participants y sont inclus afin de protéger les patients et les volontaires en bonne santé contre tout préjudice potentiel.  
    • Il est important de tester différentes doses, parce qu’à faible dose, un traitement potentiel pourrait ne pas avoir d’effet, mais à des doses plus élevées, il pourrait être toxique. 
    • Souvent, les traitements déjà approuvés pour d’autres maladies peuvent passer directement à la phase 2, car les informations relatives à leur sécurité et à leur posologie existent déjà. 
    • De plus, les essais de phase 1 sont de plus en plus utilisés pour mieux comprendre l’activité biologique d’un traitement grâce à l’exploration de biomarqueurs. Les biomarqueurs sont des mesures biologiques qui nous donnent des informations sur l’état de santé d’une personne. Par exemple, le taux de cholestérol dans le sang peut servir de biomarqueur du risque de maladie cardiaque. 
  • La phase 2 des essais cliniques consiste à tester la sécurité, la tolérance et l’engagement des biomarqueurs sur un plus grand nombre de personnes, en utilisant le schéma posologique optimal identifié lors de la phase 1. Ces essais ne comptent souvent pas suffisamment de participants pour déterminer avec certitude l’efficacité d’un traitement, mais certains signaux sont utilisés pour justifier l’investissement dans une étude de phase 3. 
    • Certains médicaments peuvent sembler prometteurs à ce stade ; cependant, les essais de phase 2 ne peuvent pas confirmer leur efficacité. Un plus grand nombre de participants est nécessaire pour s’assurer que les résultats positifs ne sont pas dus au hasard ou à un biais. Le nombre approprié de participants est déterminé par des calculs statistiques. 
  • La phase 3 des essais cliniques consiste en des études plus vastes et plus longues qui confirment l’efficacité du médicament et continuent à surveiller les effets secondaires et les biomarqueurs dans un groupe encore plus important. Ces essais doivent compter suffisamment de participants pour déterminer si le médicament présente un intérêt pour cette population spécifique.   

Un exemple concret illustrant la nécessité des essais de phase 3 est celui du médicament Albrioza. Ce médicament a été approuvé sous certaines conditions par Santé Canada pour le traitement de la SLA, sur la base des résultats d’un essai de phase 2 qui semblaient indiquer certains bénéfices. L’autorisation définitive était conditionnée aux résultats d’un essai de confirmation de phase 3. Lorsque ces résultats ont été publiés, l’essai n’a montré aucun bénéfice pour les personnes touchées par la SLA et le médicament a été retiré du marché. Si un essai de confirmation de phase 3 à plus grande échelle n’avait pas été mené, les personnes touchées par la SLA prendraient encore un médicament qui ne les aidait pas et qui avait des effets secondaires pour beaucoup d’entre elles.

    • Certains composés peuvent sembler prometteurs lors d’un essai de phase 2, mais échouer lors de la phase 3 en raison d’une interprétation excessive des premiers résultats. Un médicament peut également démontrer une activité biologique initiale, mais ne pas aboutir à des améliorations cliniques significatives qui prennent plus de temps à se manifester. Pour cette raison, il y a eu de nombreux faux positifs lors des essais de phase 2 sur la SLA. Il est donc difficile de faire des déclarations sur l’efficacité sans un essai de phase 3 suffisamment puissant 
  • Certains médicaments sont également soumis à une phase 4 d’essai clinique, qui a lieu après l’autorisation réglementaire, afin de recueillir des informations supplémentaires sur les risques à long terme, les avantages et l’utilisation optimale du médicament dans des conditions réelles. 

Ce processus structuré garantit que les médicaments ne sont pas seulement efficaces, mais également sûrs pour la population visée. Sans essais cliniques, nous ne disposerions pas des preuves scientifiques nécessaires pour prendre des décisions éclairées en matière de traitement. 

Biais et effets placebo

Sans tester un médicament dans un environnement contrôlé, l’efficacité perçue du traitement est susceptible de présenter un biais. Si un médecin sait qu’un patient reçoit un nouveau médicament et s’attend à ce qu’il soit efficace, il peut inconsciemment observer, interpréter et enregistrer les symptômes de manière plus positive, un phénomène connu sous le nom de biais d’observation. De même, un patient peut percevoir des améliorations à partir de ses seules attentes.  

Cela peut conduire à un effet placebo. Cet effet se produit lorsqu’une personne pense que sa santé s’améliore, ou montre une amélioration réelle, après avoir reçu un traitement qui ne contient aucun principe actif (un placebo), simplement parce qu’elle croit que cela l’aidera. Bien que l’amélioration puisse sembler réelle, elle n’est pas due à l’action du médicament dans l’organisme. Il est intéressant de noter que parfois, un effet placebo est généré même avec le traitement expérimental, puisqu’il repose sur les attentes des participants vis-à-vis de la thérapie. Les essais cliniques sont spécialement conçus pour minimiser les biais et les effets placebo grâce à des protocoles rigoureux, y compris l’aveuglement et les groupes témoins. Vous pouvez regarder une courte vidéo TED-Ed sur l’effet placebo ici.  

Des améliorations temporaires apparentes peuvent parfois être observées lors des essais cliniques pour des raisons autres que l’effet placebo. La SLA est une maladie hétérogène, ce qui signifie que les symptômes et la progression varient d’une personne à l’autre. Certaines personnes atteintes de SLA peuvent même connaître des périodes où la maladie semble ralentir ou se stabiliser temporairement (et même s’améliorer). Cependant, la SLA est une maladie évolutive et les symptômes finissent par s’aggraver avec le temps. Cette variabilité peut expliquer pourquoi certains traitements semblent bénéfiques dans les essais cliniques à petite échelle et à un stade initial, mais ne montrent pas les mêmes effets dans les études à plus grande échelle et à plus long terme.  

Partage des résultats

Pour partager la promesse d’un nouveau traitement ou d’une nouvelle voie thérapeutique, les chercheurs publient leurs résultats dans des articles évalués par des pairs et les présentent lors de conférences scientifiques. La communauté mondiale de recherche sur la SLA est très collaborative et organise plusieurs réunions internationales chaque année. Si un traitement repose sur des fondements scientifiques solides ou des données prometteuses, il est activement discuté et fait l’objet d’études plus approfondies.  

Les chercheurs sont motivés à partager leurs travaux avec d’autres spécialistes du domaine, car cela augmente leur visibilité, leur réputation, leurs possibilités de financement et leurs collaborations. Beaucoup d’entre eux sont aussi personnellement touchés par la SLA et profondément engagés dans l’avancement de la recherche.  

Les articles évalués par des pairs sont particulièrement importants, car ils garantissent généralement la qualité, la crédibilité et la transparence de la recherche scientifique. Avant leur publication, les études sont évaluées par des experts dans le domaine qui vérifient la validité des méthodes et des données, si les résultats sont interprétés correctement et si les conclusions ne sont pas exagérées ou trompeuses. Grâce à ce processus, les articles évalués par des pairs sont considérés comme la forme la plus fiable de communication scientifique.  

La Société canadienne de la SLA propose un guide pour lire les articles de recherche qui peut être utile lorsque vous essayez de trouver par vous-même des preuves de l’efficacité des traitements contre la SLA.  

Que sont les traitements alternatifs et non homologués?

Les traitements alternatifs font référence à des thérapies ou pratiques utilisées à la place des traitements médicaux standard fondés sur des preuves. Ils peuvent inclure des compléments à base de plantes, des vitamines, des protocoles alimentaires, des injections de cellules souches, etc.  

L’utilisation non homologuée fait référence à la prescription d’un médicament approuvé à des fins, à des doses ou pour des groupes de patients qui n’étaient pas inclus dans son homologation réglementaire initiale. Bien que légale, cette pratique évite les tests rigoureux requis pour l’homologation d’un médicament dans ce contexte spécifique.  

Avec des options thérapeutiques limitées et aucun remède connu, il est urgent de trouver des traitements efficaces contre la SLA. Il est compréhensible que les personnes atteintes se tournent vers des thérapies alternatives ou non homologuées. 

Cependant, avant d’opter pour un traitement alternatif ou non homologué, il est important de se demander s’il a fait l’objet d’études et s’il existe des preuves de son efficacité spécifique dans le traitement de la SLA. Des preuves solides peuvent provenir de publications évaluées par des pairs et de discussions au niveau de la communauté de recherche mondiale.  

Afin de lutter contre la désinformation et d’aider les gens à s’y retrouver dans les recherches, des chercheurs reconnus mondialement dans le domaine de la SLA examinent les preuves existantes concernant les traitements alternatifs et non homologués dans le cadre d’un programme appelé ALSUntangled. L’une de leurs ressources, ALSUntangled 56: “ten red flags”-things to be wary of in alternative or off-label products, met en évidence les signes avant-coureurs à surveiller dans les thérapies non éprouvées. 

Il est avant tout important de se faire examiner dans une clinique spécialisée dans la SLA, où un médecin spécialisé dans cette maladie aura l’expérience et les connaissances nécessaires pour discuter des traitements alternatifs en se basant sur son jugement clinique. Le Réseau canadien de la recherche sur la SLA (CALS) se réunit régulièrement pour discuter des nouvelles thérapies et l’évolution des normes de soins. La position du réseau sur les thérapies non homologuées est la suivante : 

Le CALS soutient la prescription de médicaments autorisés par Santé Canada pour le traitement de la progression de la SLA. Le CALS ne soutient pas la prescription de médicaments non homologués dans le but de modifier la progression de la maladie, sauf si elle est soutenue par des preuves cliniques solides, telles que des données provenant d'essais cliniques de phase 3. Cette position reflète l'engagement du CALS en faveur de soins fondés sur des données probantes.

L’utilisation de médicaments non homologués sans preuves suffisantes ou sans supervision d’un médecin spécialiste de la SLA peut conduire à : 

  • Une augmentation des événements indésirables : Sans données sur les essais cliniques, les effets secondaires peuvent être inconnus ou sous-estimés. Ces effets secondaires peuvent non seulement affecter la qualité de vie en causant de l’inconfort ou de la douleur, mais aussi avoir un impact négatif sur la santé globale et, dans certains cas, aggraver la progression de la SLA. ALSUntangled évalue les facteurs de risque dans certaines de ses analyses.  

Un autre exemple concret lié à la SLA : Lminocycline, un antibiotique, était autrefois considérée comme un traitement potentiel de la SLA en raison de résultats prometteurs obtenus sur des animaux. La minocycline étant déjà un antibiotique approuvé (couramment utilisé pour traiter les infections bactériennes et l’acné), elle a commencé à être envisagée comme un traitement potentiel non homologué pour la SLA. Cependant, un essai clinique de phase 3 a ensuite montré que la minocycline accélère la progression de la SLA, aggravant les symptômes. Sans cet essai, les cliniciens et les patients auraient peut-être mis plus de temps à remarquer les effets nocifs 

  • Cela souligne pourquoi il est si important de disposer de preuves spécifiques à la population atteinte de SLA, même si le médicament est déjà approuvé ou a démontré son efficacité pour d’autres maladies. 
  • Un traitement inefficace : Les patients peuvent recevoir des traitements qui ne marchent pas pour leur maladie, ce qui leur fait perdre du temps et de l’argent. 

En résumé, les essais cliniques protègent les personnes atteintes de SLA, guident les médecins et garantissent la sécurité et l’efficacité des traitements. Si l’utilisation non homologuée de médicaments peut offrir un espoir face à l’inconnu, elle doit être abordée avec prudence, transparence et un engagement envers des soins fondés sur des données probantes. Il est important de se rappeler que les chercheurs du monde entier travaillent ensemble pour éradiquer la SLA, avec un engagement profond et une collaboration mondiale 

Avertissement : Les renseignements contenus dans cette page sont fournis à des fins d’information générale seulement. Ils ne visent pas à remplacer l’évaluation et la prise en charge personnalisées de la SLA. La Société canadienne de la SLA n’a pas pour objectif de diffuser des conseils médicaux ou juridiques. 

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